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H. - Ch. Chéry o.p.
Leur fondateur s'appelle Charles-Taze Russell (1852-1916). Il est né à Pittsburgh (Pennsylvanie) d'une famille presbytérienne. Il fréquente quelque temps les Adventistes et prend dans leur manière de lire la Bible le goût des calculs relatifs à la fin du monde et au retour du Christ sur terre, considérés comme prochains. En 1878, il se sépare des Adventistes, vend son commerce pour se consacrer tout entier à sa mission et se fait désormais appeler " pasteur ". Il crée un journal qui aura pour titre La Tour de Garde de Sion, et une société, la " Société de la Tour de Garde et des tracts " (Watch Tower) qui est toujours la raison sociale de l'Association. En ce temps-là, on ne s'appelle pas encore " Témoins de Jéhovah ", mais " Etudiants de la Bible ". Russell écrit beaucoup, notamment un ouvrage en sept volumes : Etudes des Ecritures. Il voyage aux Etats-Unis, au Canada, en Europe, en Asie Mineure, en Russie et jusqu'en Extrême-orient, prononçant quelque 30.000 discours et fondant 1.200 groupes d' " Etudiants de la Bible ". Il rationalise la propagande avec un très grand sens de la publicité. C'est lui qui invente le système du porte à porte, qui reste aujourd'hui l'instrument le plus efficace du travail missionnaire. En 1911, il annonce que l'année 1914 verra la fin du " temps des Gentils " et le début du " millenium ". En 1913, il donne à ses 25.000 adeptes le nom d' " Association internationale des Etudiants de la Bible ".
Russell avait fondé à Brooklyn, faubourg de New-York, une imprimerie et une maison d'édition. C'est le directeur de l'imprimerie, J.-F. Rutherford, qui prit la tête du mouvement, en 1917, après la mort de Russell. Sous son énergique impulsion, les " Etudiants de la Bible " connaissent un grand développement. C'est lui qui crée en 1919 le périodique bimensuel qui va devenir Réveillez-vous. Il utilise largement la radio, puis le disque, pour diffuser ses propos. Il écrit abondamment : une vingtaine de livres et quelque quatre-vingts brochures, où il reprend, en les modifiant, les prédictions de Russell sur le prochain retour du Christ. Il mène avec violence la campagne contre les Eglises chrétiennes, la catholique surtout, toutes englobées sous le nom qui se veut méprisant de " chrétienté ". C'est lui surtout qui a donné à l'association le caractère combatif que nous lui connaissons. C'est lui aussi qui en a fait, selon son expression, une " théocratie ", c'est-à-dire une entreprise dirigée directement par Dieu - pratiquement une organisation centralisée, où l'élection a été remplacée par la nomination, à tous les échelons d'une hiérarchie rigoureusement structurée. Désormais, comme ils disent :
Rutherford est mort en 1942. Son successeur, Nathan Knorr, a introduit dans les méthodes de propagande plus de courtoisie, moins de brutalité et d'agressivité. Il a maintenu et renforcé la centralisation et l'organisation. Il a continué et intensifié l'entreprise de librairie : c'est sous sa direction qu'ont été publiés les livres les plus diffusés actuellement par la Secte : La vérité vous affranchira (1943), Le Royaume s'est approché (1944), Que Dieu soit reconnu pour vrai (1946), Equipé pour toute bonne œuvre (1951), etc... une multitude de brochures et de petits feuillets. Mais il n'a rien signé de son nom ; désormais toutes les publications sont anonymes. Sous son règne, les Témoins ont édité leur propre traduction (anglaise) de la Bible, en deux parties : Traduction du Nouveau Monde des Ecritures hébraïques, - c'est l'Ancien Testament - et (traduit en français d'après l'anglais) Les Ecritures grecques chrétiennes, traduction du Monde Nouveau, c'est le Nouveau Testament. Il a surtout poussé la diffusion des deux journaux, La Tour de Garde et Réveillez-vous, dont le tirage est monté à des dizaines de millions d'exemplaires en totalisant les éditions publiées en plusieurs langues (26 langues et 4.900.000 exemplaires, en 1938, pour chaque numéro de Réveillez-vous). Nathan Knorr a également développé le porte à porte, les réunions bibliques à domicile, les rassemblements régionaux et internationaux grâce à quoi les adeptes sont constamment en alerte pour préparer la réunion ou le congrès de demain ou d'après-demain. Il était présent au grand Congrès international de Colombes en août 1969. Il a beaucoup valorisé la formation des propagandistes, de telle sorte qu'ils soient parfaitement instruits des doctrines de la secte et ne risquent pas de se livrer à l'inspiration personnelle dans leur propagande.
L'organisation des Témoins de Jéhovah est actuellement dirigée par Frédérick W. Franz.
Tout Témoin de Jéhovah se considère comme un ministre de la Parole de Dieu, ordonné par Jéhovah lui-même pour annoncer la venue du Royaume. On est un vrai Témoin de Jéhovah du fait qu'où va de porte en porte ou dans la rue, vendre les publications de la Secte et réciter un des sermons qu'on a appris et qui doivent durer de trois à huit minutes. Il y a ainsi deux catégories de propagandistes :
Au-dessus du groupe, il y a la circonscription : c'est une circonscription qui englobe de 10 à 20 congrégations. Son chef instruit et contrôle les propagandistes, tient les finances, stimule les ventes, organise deux fois par an des assemblées.
Au-dessus de la circonscription vient le district, correspondant à une vaste région, souvent un pays tout entier.
Chaque pays constitue une filiale, avec un Béthel, lui-même relié au Béthel du Collège central, La Société, avec son bureau de direction, représentant visible de Jéhovah sur terre : c'est Lui qui en a choisi les membres. Les équipes dirigeantes résident naturellement aux Etats-Unis et doivent être composées en majorité écrasante de citoyens américains.
Sur quoi débouche cette vaste entreprise aux rouages bien engrenés ? L'objectif unique est d'annoncer l'urgence de se rallier aux Témoins de Jéhovah pour faire partie du " Royaume " et échapper ainsi à la catastrophe qui menace les rebelles. Donc recruter des adeptes et les amener à s'engager de plus en plus dans le mouvement.
Pour cela première visite à domicile et présentation de quelques papiers. Deuxième visite, " complémentaire ", pour inviter à poursuivre l'étude de la publication. Troisième étape : on invite à participer à une étude biblique hebdomadaire à domicile. Quatrième étape : le sympathisant prend part à des réunions en compagnie d'adeptes plus avancés et se convainc de la doctrine essentielle : le monde actuel approche de sa fin, la bataille d'Harmaguédon est imminente ; il faut se sauver de la colère de Dieu en adhérant à la Société du Monde Nouveau. L'adepte convaincu s'engage dans les équipes de propagandistes. Finalement, il signifie sa consécration en recevant le baptême par immersion.
Cette activité, je le disais il y a un instant, a quelque chose qui force l'admiration. Les militants qui s'y engagent à fond se veulent vraiment consacrés à leur oeuvre. La rigueur de l'embrigadement et du contrôle ne les rebutent pas, puisque " l'unité d'action " est à ce prix ; non plus que la soumission constante à une façon uniforme de penser la même chose sur tout, imposée d'en haut, puisqu'ils croient que c'est la façon de penser de Jéhovah.
Ce " désir d'une pensée unifiée et d'unité d'action ", me faisait remarquer quelqu'un qui fut de leurs plus actifs militants pendant onze ans, se retrouve chez bien des gens autres que les Témoins de Jéhovah, en différents secteurs de l'activité religieuse ou politique. Il serait facile ici d'évoquer le " monolithisme " de certains partis, et les dévouements passionnés qu'il détermine, en même temps que les conséquences tragiques auxquelles il aboutit parfois. Mais, chez nous-mêmes catholiques, nous avons connu cette avidité de directives précises, de consignes impérieuses, de mots d'ordre à exécuter, cette foi donnée aveuglément à des formules toutes faites qu'il suffit de tenir ferme pour être dans " la vérité "..., de la part de gens qui " marchent à fond " dès là qu'ils se sentent encadrés. Cela existe encore dans certains secteurs (restreints) de la pensée catholique. Nous considérons à juste titre que c'est de l'infantilisme et contraire à la sainte " liberté des enfants de Dieu ". Mais ne nous étonnons pas de le retrouver - au maximum il est vrai - chez les Témoins de Jéhovah et ailleurs.
Sans plus parler de ces excès, nous connaissons chez nous, au cours de l'histoire et en ce moment, des milliers et des milliers de chrétiens qui se sont consacrés corps et âme à l'évangélisation, qui " témoignent " de leur foi et de leur charité par un dévouement sans limites. Ce que nous pourrions reprocher aux Témoins de Jéhovah, c'est d'ignorer ces grandeurs quand elles existent ailleurs que chez eux, de penser naïvement qu'ils ont le monopole de la " consécration ". Mais ce n'est pas une raison pour refuser de les saluer chez eux.
A cet " endroit ", il y a d'ailleurs un " envers ". Quand, en dehors de son travail, on consacre plusieurs heures par semaine à des réunions et à une propagande entièrement axées sur les mêmes thèmes ; quand on se refuse, en vertu de la doctrine elle-même, à participer aux activités politiques, syndicales, artistiques, culturelles et même de bienfaisance - car tout cela, c'est " le monde ", radicalement mauvais, le royaume de Satan ; quand on ne lit plus que les publications des Témoins de Jéhovah, qu'on n'entend plus que des conférences des Témoins de Jéhovah, qu'on n'a plus de relations qu'avec les Témoins de Jéhovah ou avec ceux qu'on veut gagner aux Témoins de Jéhovah - on s'enferme inévitablement dans un monde à part, où l'on peut certes trouver pendant un temps une certaine ambiance d'amitié fraternelle, une certaine chaleur, mais où l'on finit par se dessécher l'esprit et le coeur.
Ecoutez deux passages du long mémoire qui m'a été adressé par cet ancien militant Témoin de Jéhovah que je citais tout à l'heure.
D'abord une protestation contre ce qu'il estime être des calomnies :
" L'excès de la 'promiscuité fraternelle' : un groupe local vit en vase clos. On se fatigue :
N'est-ce pas l'inévitable rançon d'une doctrine qui est tout le contraire de ce que nous appelons " l'ouverture de l'Eglise au monde " ?
Encore qu'elle soit détaillée en d'innombrables imprimés, elle se ramène à quelques thèses essentielles, où la conception du destin de l'humanité tient la place majeure :
Les calculs qu'ils ont faits dans la Bible permettent aux Témoins de Jéhovah d'affirmer que 1914 a marqué la fin du " temps des nations " et le " rétablissement de la théocratie de Jéhovah " (pp. 262-263). Satan, furieux, suscita alors la guerre de 1914-1918, la famine et la peste qui la suivirent, puis la seconde guerre mondiale : " Le monde plus opprimé que jamais se débat sous l'étreinte de Satan, son démoniaque chef invisible " (p. 264-265). Inutile de compter sur l'O.N.U., pour obtenir la paix : avec son ancêtre, la société des Nations, ce sont les deux " bêtes " de l'Apocalypse (pp. 268-269). Mais voici proche la bataille d'Harmaguédon, ultime cataclysme qui détruira complètement l'organisation visible et invisible de Satan. En vue de ce " jour de la colère de Jéhovah ", " Jésus invite tous les hommes bien disposés envers Dieu à se réfugier dans l'organisation de son Royaume " - celle des Témoins de Jéhovah (pp. 270-271).
Je suis frappé de voir comme elle s'apparente à l'antique manichéisme par sa division radicale de l'humanité en deux blocs : les bons et les mauvais, les bons dirigés par Dieu, les mauvais sous l'emprise de Satan - le Royaume de Jéhovah-Dieu auquel il est urgent de se rallier si on ne veut pas être exterminé, et le Royaume de Satan qui englobe tous ceux qui ne s'enrôlent pas sous la bannière des Témoins de Jéhovah.
Certes, le thème de la lutte entre les ténèbres et la lumière est traditionnel dans le christianisme et on le trouve largement exprimé dans saint Jean (par exemple, 16, 18 et sq.), l'opposition des " deux Cités " était chère à saint Augustin et celle des " deux étendards " à saint Ignace de Loyola. Quant au " monde ", il est clair que dans le Nouveau Testament un des sens de ce mot signifie ceux qui refusent le Christ (Jn 1, 10), le mal auquel le Christ est venu nous arracher (Gal 1,4), le règne de Satan (Act 26, 18).
Où donc est le tort de ceux que vous écoutez, à chers Témoins de Jéhovah, à qui je voudrais maintenant parler aussi fraternellement que possible ?
" Quoique âgée et infirme ", m'écrivait une dame, " j'ai une mission à remplir : étant Témoin de Jéhovah, notre devoir est d'apporter à notre prochain, en obéissance au commandement divin qui dit 'Tu aimeras ton prochain comme toi-même', une merveilleuse espérance et une grande consolation ".
C'est assurément très beau, mais j'avoue que je ne saisis pas en quoi cela s'oppose à une action charitable organisée, ni à une action sociale pour la liberté et pour la justice, en union avec tous les hommes de bonne volonté.
Et pour en finir avec ce thème, vous serez certainement d'accord avec moi si je vous dis que, sans méconnaître l'action dans le monde de la Puissance des Ténèbres, j'aime mieux admirer l'action de la Grâce qui, sans se lasser, tire le bien du mal, ne veut pas la mort du pécheur qu'il se convertisse et qu'il vive, est à l'oeuvre au coeur de tant d'hommes épris de vérité et de paix. J'aime mieux admirer et faire confiance que de juger et de condamner - car :
Récemment, en réponse à une enquête sur la lecture de la Bible que nous avions lancée dans notre revue La Bible et son message (12), nous avons reçu ces quelques lignes :
Oui, l'Eglise nous recommande de lire la Bible. On vous a dit le contraire, et il est exact qu'à certaines époques l'Eglise a réagi maladroitement, face à ceux qui se servaient de la Bible comme d'une arme contre elle en apportant des restrictions à sa lecture, encore qu'il n'y eut jamais d'interdictions de la lire et que toujours le Livre Saint ait été répandu par ses soins. Cette époque de controverses est aujourd'hui lointaine (même si elle a laissé longtemps des traces) et les textes officiels abondent qui nous exhortent à la fréquentation des saintes Ecritures. Ainsi le Concile Vatican II :
Comment mener fructueusement et intelligemment une lecture de la Bible ? Je m'en suis expliqué dans une série d'éditoriaux de La Bible et son message (18). Que ce soit en commençant par le commencement et en lisant peu à peu tous les livres, de la Genèse à l'Apocalypse, - que ce soit en étudiant à fond un seul livre, - ou bien en partant de l'Evangile et de saint Paul pour remonter à l'Ancien Testament, - ou à partir du dictionnaire biblique que l'Eglise nous propose dans sa liturgie, - ou en étudiant un thème à travers toute la Bible (la tendresse de Dieu, le Messie, le Rédempteur, la conversion, la charité...) - la première règle est de lire honnêtement. Comme dit Sulivan : ne pas mettre dans le panier ce qu'on voudrait y trouver. Se soumettre au texte. Purifier son regard de tout préjugé. Recevoir la Parole telle qu'elle est. Ce qui entraîne :
Or vous allez juger sur pièces, par quelques exemples, que ces règles sont souvent violées dans les ouvrages que vous donnent les écrivains que vous lisez, Témoins de Jéhovah.
En toute bonne foi d'ailleurs, j'en suis persuadé. Mais la bonne foi n'exclut pas l'erreur. D'où vient l'erreur ? De ce qu'ils recourent à la Bible pour y trouver la confirmation de leur thèses. Ils ont un certain nombre d'idées chères - sur la fin du monde, sur la nature de l'homme, sur Jésus-Christ, sur la création, etc... Ils les affirment. Puis ils vont chercher toutes les phrases de la Bible qui semblent leur donner raison : ils mettent dans le panier ce qu'ils veulent y trouver.
Un exemple typique du procédé est le petit livre qu'ils vous remettent pour la propagande : " Eprouvez toutes choses ". Soixante-dix thèmes disposés par ordre alphabétique ; sous chaque titre une suite d'affirmations sous chaque affirmation des textes bibliques. Or j'ai fait l'expérience que vous pouvez faire vous-mêmes - et je l'ai faite avec la personne qui m'apportait ce livre et qui en ce temps-là vous suivait : lire lentement à haute voix les passages bibliques cités. Il sautait aux yeux que souvent leurs ressemblances avec la thèse étaient purement verbales et qu'ils ne la confirmaient pas du tout. Et quand on lit l'ensemble des ouvrages de vos écrivains, sans se laisser impressionner par la puissance massive de l'affirmation, mais d'un oeil exigeant, on arrive à la même conclusion. De plus, comme le mouvement est né d'une réaction contre ce qu'ils appellent " la Chrétienté ", contre les Eglises chrétiennes et leur foi, la Bible, entre leurs mains, devient une arme de guerre, un arsenal d'arguments pour assommer l'adversaire. La lecture de la Bible, qui devrait aboutir à l'action de grâces, à la prière, au mea culpa sur sa propre poitrine, à la repentance, à la charité, débouche en polémiques, en jugements durs, en insultes, en sarcasmes... Ne trouvez-vous pas que c'est triste - et finalement lassant ?
Et d'abord des exemples de traductions fausses. Je les prends dans votre traduction du Nouveau Testament : Les Ecritures grecques chrétiennes.
Il n'y a pas moyen de traduire autrement si on veut se soumettre au texte grec. Or votre traduction dit : " A l'origine était la Parole, et la Parole était auprès de Dieu, et la Parole était un dieu ", avec un petit d. Aucune argutie textuelle ne peut autoriser cette malversation. L'identité de nature entre le " Logos " et Dieu est affirmée sans ambages et d'ailleurs confirmée par ce qui suit : l'identité entre le Verbe et le Créateur : " Tout a été fait par lui et sans lui rien n'a été fait ". Au reste il faudrait être polythéiste pour prétendre qu'à côté du grand Dieu, il y aurait un petit dieu... (20) .
Traduction des Témoins de Jéhovah : " Nous savons que le Fils de Dieu est venu et qu'il nous a donné des capacités intellectuelles (!), afin que nous acquérions la connaissance du véritable. Et nous sonnes en union avec le véritable par le moyen de son Fils Jésus-Christ. C'est ici le vrai Dieu et la vie éternelle. "
Traduction des Témoins de Jéhovah : " En lui toute la plénitude de la qualité divine habite corporellement ". " Qualité divine " ! Il faut vraiment être gêné par le texte pour traduire ainsi le mot grec " théotêtos " qui signifie exactement " divinité " ! D'autant que les mêmes traducteurs, à un endroit où le mot ne les gêne pas (Rom 1, 20) le traduisent par " divinité "...
Les Témoins de Jéhovah changent de place les deux points et cela donne : " En vérité je te le dis aujourd'hui : tu seras avec moi... " Ce qui est évidemment contraire au bon sens : Jésus n'a pas besoin de dire qu'il parle aujourd'hui... Et ce qui détruit le parallélisme voulu par saint Luc. Mais quand on ne croit qu'à la résurrection des corps à la fin des temps, c'est gênant. Alors on s'en tire comme ça...
Il fallait évidemment faire passer cette invention dans la traduction. Cela donne des résultats navrants, qui ne peuvent pas ne pas provoquer en vous le malaise qu'ils provoquent en nous.
Durant la Passion, la foule ne crie plus : " Qu'il soit crucifié ! ", mais " Qu'il soit mis au poteau ! " (Mt 27, 23) ; Simon de Cyrène est requis pour " soulever son poteau de torture " (27, 32) ; les grands prêtres l'insultent en disant : " Si tu es un fils de Dieu, descends du poteau de torture ! " (27, 40). Durant sa vie publique, Jésus disait : " Si quelqu'un veut venir à ma suite... qu'il prenne son poteau de torture jour après jour... " (Lc 9,23). Mais c'est dans saint Paul que l'expression revêt les aspects les plus pénibles : " Le langage de la croix, folie pour ceux qui se perdent, etc... " devient : " Le langage du poteau de torture est folie pour ceux qui périssent... " (1 Co 1,18) ; le " scandale de la croix " devient " la pierre d'achoppement du poteau de torture " (Ga 5,11) ; Paul ne s'écrie plus : " Que jamais je ne me glorifie sinon dans la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui a fait du monde un crucifié pour moi et de moi un crucifié pour le monde ", mais : " Que cela n'arrive jamais que je me glorifie, sinon dans le poteau de torture de Notre-Seigneur Jésus-Christ par qui le monde a été mis au poteau pour moi et moi pour le monde " (Ga 6,14) ; l'hymne célèbre des Philippiens (2, 8), " S'étant comporté comme un homme, il s'humilia plus encore, obéissant jusqu'à la mort, oui la mort sur un poteau de torture ".
Voilà ce qui arrive quand on utilise l'Ecriture au service d'une idéologie de combat. Je ne sais pas ce que vous en pensez ; pour moi, je trouve tout cela infiniment triste. L'invention est d'ailleurs récente : dans la " Concordance théocratique " de 1953, on trouvait encore partout le mot " croix ".
La citation est prise dans les Actes des Apôtres. Reportons-nous au texte remis dans son contexte : " Arrivés (à Bérée), (Paul et Silas) se rendirent à la synagogue des Juifs. Ceux-ci... accueillirent la parole avec le plus grand empressement. Chaque jour ils examinaient les Ecritures pour voir si tout était exact ".
Primo il ne s'agit pas des premiers chrétiens. Il s'agit des Juifs à qui les Apôtres apportent le Christ, et de la manière que vous savez : en leur montrant que Jésus a été annoncé par les Prophètes. Les Juifs vérifient dans les Ecritures pour voir si ce qu'on leur dit est exact... Voilà le sens. Cela n'a rien à voir avec une prétendue étude biblique des chrétiens primitifs " pour y trouver l'explication des choses de leur temps ".
Mais comme c'est ce que les Témoins de Jéhovah vous invitent à faire actuellement, ils détournent de son sens ce passage des Actes pour se l'annexer…
Je vous prends à témoins, Témoins de Jéhovah : ne pensez-vous pas qu'il est difficile de détourner plus manifestement un texte du sens qu'il avait sous la plume de celui qui l'a écrit ?
Il est clair que la réponse de Jésus à Pierre est consécutive à son acte de foi. Le " Tu es Pierre " répond à " Tu es le Christ ". " Sur cette pierre je bâtirai mon Eglise " est confirmé par " Je te donnerai les clefs du Royaume ".
Vous remarquerez que c'est la première fois que le mot " pierre " (en grec " céphas ") est utilisé comme nom propre ; que c'est le même mot " céphas " que Jésus utilise quand il dit " Tu es Pierre " et quand il dit " et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise ". Pour quiconque lit sans préjugé, l'équivoque est impossible.
Les Témoins de Jéhovah s'en prennent bien entendu à ce texte. Tout d'abord ils le traduisent ainsi : " Tu es Pierre, et sur ce roc je bâtirai ma congrégation... Tout ce que tu peux lier sur la terre aura été lié dans les cieux... "
Et ils en donnent une exégèse pour le moins curieuse (22) : le premier " Céphas " désignerait l'apôtre, et le second " Céphas " désignerait Jésus lui-même (et sur cette pierre, sous-entendu que je suis moi-même, je bâtirai...). Pour le prouver, ils vont chercher la version syriaque : il paraît qu'en syriaque " tu es Pierre " est du masculin, tandis que " sur cette pierre " est du féminin - donc il ne s'agit pas de la même pierre ! ...
L'ennui pour cette interprétation, c'est que le Nouveau Testament n'a pas été écrit en syriaque, mais en grec, et que le grec ne supporte absolument pas cette exégèse.
Et encore - et surtout ! - qu'on ne voit plus du tout pourquoi, dans ce cas, Jésus aurait appelé " Pierre " un apôtre qui auparavant se nommait Simon, si ce n'était pas pour le désigner quand il dit tout de suite après : " et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise... "
C'est encore typique d'une interprétation consécutive à une idéologie. Alors que la Bible protestante de Segond traduit de la même manière que nous - et que l'exégète protestant Oscar Culmann trouve comme nous, dans ce texte, l'affirmation de la primauté de Pierre - quitte ensuite à se séparer de nous pour estimer que cette primauté n'était pas transmissible à des successeurs - ce qui est parfaitement matière à discussion - mais à partir de la fidélité d'abord au sens objectif du texte évangélique.
A l'époque où l'on ignorait cela, on était excusable d'accorder quelque crédit aux chiffres bibliques pour tenter une chronologie. Encore que, depuis fort longtemps, les biblistes sérieux aient montré que l'intention de la Bible n'est point du tout de nous fournir des informations scientifiques, mais de nous dire le dessein d'amour de Dieu sur le monde et son plan de salut, par la préparation du peuple d'Israël. Les découvertes scientifiques, n'ont pas du tout " discrédité la Bible ", comme les Témoins de Jéhovah nous accusent de le croire (23) ; elles nous ont aidé à chercher dans la Bible un message spirituel qui s'exprime aussi bien à travers des poèmes qu'à travers l'histoire proprement dite, à travers des conceptions cosmologiques périmées qu'à travers d'antiques traditions communes aux peuples orientaux. Vouloir faire de la Bible, en tous ses livres, un ouvrage scientifique et refuser, par exemple, l'évolutionnisme au nom de la Bible, c'est la vouer gratuitement au ridicule : Dieu ne nous a pas parlé pour nous dire à quelle date avait été créé l'homme, mais pour nous dire qu'il a créé l'homme à son image et à sa ressemblance et que c'est une oeuvre d'amour.
Vos conducteurs tiennent pourtant à vous apprendre à quelle date remonte la création de l'homme, et ils précisent : l'année 46.028 avant Jésus-Christ. Cette précision augmente-t-elle dans vos coeurs l'amour de Dieu et du prochain ? à vous de le dire. En tout cas vous savez le nombre de pages que cette démonstration occupe dans les ouvrages que vous connaissez... Prenez par exemple le chapitre 11 du livre La vérité vous affranchira, intitulé Le calcul du temps :
Depuis toujours, il se rencontre des inquiets pour faire des calculs relatifs à la fin des temps. Et depuis vingt siècles, il se rencontre des calculateurs pour aller chercher dans la Bible de quoi alimenter leurs calculs, chacun a découvert, au temps où il vivait, de quoi prédire la fin des temps pour les années " prochaines ", chaque fois ces calculs ont été démentis, mais, inlassablement, d'autres calculateurs ont pris le relais. Il serait très intéressant que l'histoire fût faite de toutes ces prédictions déjouées par les événements ; intéressant et instructif pour ceux qui continuent à croire à celles d'aujourd'hui (24) - y compris dans certains cercles catholiques qui ressemblent étrangement aux sectes. On ne saurait espérer que ce petit jeu prenne fin... avant la fin des temps. Du moins peut-on essayer de montrer que tous ces calculs reposent sur de fausses interprétations de la Bible. Jésus d'ailleurs ne nous a-t-il pas avertis : " Pour ce qui est du jour et de l'heure, personne ne le sait, ni les anges des cieux, ni le Fils, mais le Père seul " (Ht 24, 36).
Vos conducteurs, Témoins de Jéhovah, citent cette parole, mais ils prétendent qu'elle s'applique seulement à la fin " définitive ". Le Seigneur nous inviterait au contraire à supputer le temps où arrivera la fin de notre monde mauvais (royaume de Satan) et le début des mille ans de bonheur où le royaume de Dieu sera établi sur la terre (La Vérité vous affranchira p. 265).
Sur quoi s'appuient-ils pour établir leurs calculs ? Principalement sur deux livres qui relèvent du genre " apocalyptique " : le livre de Daniel et le livre de l'Apocalyspe. Ce genre littéraire a ses lois : tout y est symbole ; les noms, les personnages, les "bêtes", les pierres, les chiffres et la suite des événements, qui n'a rien à voir avec une suite chronologique, chercher à interpréter chaque image, chaque chiffre, pour eux- mêmes, est une entreprise aberrante qui débouche inévitablement dans l'incohérence ou dans l'erreur.
Pour lire correctement Daniel et l'Apocalyspe, il faut :
L'Apocalyspe est la réplique de Daniel au début de l'ère chrétienne. Elle est écrite à l'époque de la terrible persécution de Domitien contre les premiers chrétiens. Saint Jean revit, et jusque dans les termes qu'il emploie, les épreuves qu'ont connues les Juifs aux temps d'Antiochus. Comme Daniel, il entrevoit la délivrance et son regard bondit au-delà des luttes au milieu desquelles il est plongé, jusqu'au déroulement de l'histoire de l'Eglise, jusqu'à sa consommation à la fin des temps. Ecrit de circonstance, destiné à relever et à raffermir le moral des chrétiens, qui pourrait être ébranlé par l'épreuve : " Ayez confiance, j'ai vaincu le monde ! " Epopée de l'espérance chrétienne ; chant de victoire de l'Eglise persécutée. Inutile de chercher dans les visions de L'Apocalyspe une succession de périodes historiques : elles représentent la même réalité sous des images différentes.
" La Bête " et toutes les autres représentations du même type, c'est évidemment l'empire romain, à ce moment persécuteur des chrétiens ; mais c'est aussi , tous les persécuteurs de l'avenir, et par-dessus tout Satan, l'adversaire par excellence du Christ et de son Eglise. Les tremblements de terre, les phénomènes qui se produisent dans le soleil et la lune, la chute des étoiles, l'écroulement des collines et des montagnes, etc... : il faut savoir que ce sont des lieux communs de la littérature apocalyptique et même de la littérature prophétique en Orient. Toutes ces images à profusion signifient la même chose : Dieu ne laissera pas les crimes impunis, le châtiment s'abattra sur les persécuteurs. On retrouve cette imagerie chez tous les prophètes. Vous pensez bien que de telles catastrophes, prises littéralement, atteignant par leur nature même les innocents et les coupables, il est ridicule d'y voir des manifestations de la " colère de Dieu "... (26).
Revenons maintenant aux calculs de Russell et de Rutherford.
Russell a prédit que 1914 serait l'année du retour du Christ sur la terre et de la restauration du royaume théocratique. Rutherford, devant l'évidence que rien ne s'était produit, a affirmé qu'en 1914 le Christ était bien revenu sur terre, mais de façon invisible, sensible aux seuls Témoins de Jéhovah.
Pourquoi 1914 ?
D'abord une affirmation gratuite : la domination théocratique de Jéhovah, abolie par la déportation des Juifs à Babylone au temps de Nabuchodonosor, sera rétablie - en interprétant un chiffre de Daniel - au bout de " sept temps ".
Puis une deuxième affirmation gratuite : un " temps " de Daniel équivaut à une année symbolique ; les " sept temps " de Daniel équivalent donc à 84 mois de 30 jours, soit 2.520 jours ; un " jour " de Daniel c'est une de nos années. Donc il s'agit de 2.520 de nos années.
Enfin une erreur historique : le point de départ (la déportation) est fixé à l'année 607 avant Jésus-Christ (en fait la déportation a eu lieu en 587-586).
Muni de ces données arbitraires, on affirme : à partir de 607 avant Jésus-Christ calculons 2.520 années : cela nous donne 1914 (27).
Or les " sept temps " dont il est question dans un songe de Nabuchodonosor qu'interprète Daniel s'appliquent au seul Nabuchodonosor. Il n'y a qu'à lire le texte pour s'en rendre compte (10, 15 ; 25, 31). Cela n'a absolument rien à voir avec la fin des temps !
Et pourquoi un " jour " équivaudrait-il à une " année " ? Ah ! là on va chercher un verset du prophète Ezéchiel : " Je t'impose un jour pour chaque année " (4, 6). Allez voir le contexte de ce verset : vous verrez qu'il s'agit d'un siège de Jérusalem et de sa durée, dans un symbolisme d'ailleurs obscur. Rien à voir avec d'autres passages de la Bible où il est question de " jours ".
Toujours les mêmes procédés : sortir une phrase de son contexte, inventer des interprétations personnelles pour faire dire aux pages de la Bible ce qu'on veut qu'elles disent, au mépris de ce qu'elles disent réellement. Jugez vous-même : est-ce là respecter la Parole de Dieu ?
A telle date - une date qui varie bien entendu avec les sectes et avec l'époque où elles vaticinent - en 1914, selon M. Russell, en 1918 selon M. Rutherford, puis à une date indéterminée - mais prochaine - va commencer sur terre, après la bataille d'Harmaguédon, le règne théocratique du Christ pour mille ans. Pendant ces mille ans, un certain nombre de morts ressusciteront (pas tous : il y en a qui sont anéantis pour toujours, notamment les " religionistes ", entendez les fidèles des diverses confessions chrétiennes). Cette résurrection se fera par étapes, par catégories. Ce sera une ère de prospérité terrestre, où la terre deviendra un paradis : les justes ressuscités " goûteront la vraie paix, en communion parfaite avec les fidèles d'autrefois, devenus les princes du Monde Nouveau " ; ils " se marieront, auront des enfants, etc... " Tout cela a été révélé en 1918. Pendant ces mille ans, le diable est enchaîné. Au bout des mille ans, il sera déchaîné de nouveau, essaiera de " réintroduire la religion ici-bas " (laquelle religion, " démoniaque ", aura été " entièrement supprimée de la planète " pendant les mille ans). Il échouera, bien entendu, après avoir séduit pas mal de malheureux. Point final : règne des Témoins de Jéhovah, anéantissement de tous les autres (28).
Je vous fais grâce des détails de ces élucubrations, qu'on retrouve à longueur de volumes.
D'où viennent donc - bibliquement parlant - ces mille ans ?
De six versets de l'Apocalypse (20, 1-6). Il y est question en effet du diable enchaîné pour mille années, d'une première et d'une seconde résurrection. Qu'est-ce à dire ?
C'est le cas d'éclairer ce qui est obscur par ce qui est clair. Or, dans le chapitre 25 de saint Matthieu, il est clair que la description du Jugement (" Venez, les bénis de mon Père... Allez, maudits, au feu éternel ! ") se rapporte à un seul acte, au moment de l'unique second Avènement du Seigneur. De même en saint Jean (5, 28-29), où Jésus affirme : " L'heure vient où tous ceux qui gisent dans la tombe en sortiront à l'appel (du Fils de l'homme) : ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour la vie, ceux qui auront fait le mal pour la damnation ". C'est clair : une seule résurrection des corps à la fin des temps, pour tous, un seul jugement. Et l'Epître aux Hébreux (9, 27) dit nettement : " Les hommes ne meurent qu'une fois, après quoi il y a le jugement. "
Comment donc comprendre le texte apocalyptique des " mille ans " ? En un sens spirituel, évidemment.
La " première résurrection " est celle que nous donne le Christ en nous faisant participer à la sienne par le baptême. Les textes de saint Paul abondent : " Vous êtes ressuscités avec le Christ " (Col 3, 1), Dieu " nous a ressuscités avec le Christ ! ". La vie éternelle est déjà commencée pour ceux qui ont accepté le Christ par la foi. Sur eux, Satan n'a plus d'empire ; ils ont vaincu la mort avec le Christ : " Heureux - conclut ce passage de l'Apocalypse - heureux et saint celui qui participe à la première résurrection ! La seconde mort (la mort éternelle) n'a point pouvoir sur eux, mais ils seront prêtres de Dieu et du Christ avec qui ils régneront mille années. "
Les " mille ans ", ce n'est pas 999 ans + 1 ; c'est ce temps indéfini qui a commencé avec le Christ ressuscité et qui s'achèvera à la fin des temps - préparation, anticipation de l'éternité bienheureuse.
Ne soyez pas des obsédés morbides des calculs eschatologiques, comme ceux qui s'hypnotisent sur de tels passages pour en faire (c'est ce qui est le plus triste) la pièce majeure de leur prédication. Il y a mieux à faire du temps que de le calculer ! Il y a le vivre, aujourd'hui, " l'aujourd'hui de Dieu ", car cet aujourd'hui est déjà engagé dans l'éternité.
Quand on lit ces énormités, on se frotte les yeux pour relire les deux passages de l'Apocalypse où il est question des 144.000 (7, 4-8; 14, 1-4). Au chapitre 7, la vision du ciel par saint Jean : " Marqués du sceau, 12.000 de la tribu de Juda, 12.000 de la tribu de Ruben... " etc... " Après quoi voici qu'apparut à mes yeux une foule immense, impossible à dénombrer, appartenant à toute nation, race, peuple et langue... "
Pour saisir le sens de cette vision, il faut d'abord savoir que " mille " indique toujours la multitude indéfinie. Ensuite que " douze ", dans la symbolique biblique, est le chiffre du peuple d'Israël, issu des douze patriarches, ancêtres des douze tribus d'Israël - et dans sa symbolique chrétienne, il est devenu le chiffre de l'Eglise, issue des douze Apôtres. Dans l'Apocalypse, la Jérusalem nouvelle a douze portes, où sont inscrits les noms des douze tribus d'Israël (21, 12), ses remparts reposent sur douze soubassements qui portent les noms des douze Apôtres de l'Agneau (21,14)... Douze au carré = 144. Les 144.000 du chapitre 7 représentent donc la multitude (indéfinie) des élus issus d'Israël, soit de l'Israël selon la chair, soit de l'Israël nouveau. La " foule immense de toute nation, race, peuple et langue... " (formule stéréotypée pour signifier l'universalité), vêtue " de robes blanches " (symbole du bonheur céleste) et " des palmes à la main " (symbole de triomphe), ce sont ceux, nous dit le verset 14, " qui viennent de la grande épreuve ", les martyrs de la persécution de Néron. Au chapitre 14 (1-4) les 144.000 qui suivent l'Agneau représentent l'Israël nouveau, fidèle au Christ. Ils sont " vierges " de toute idolâtrie, ayant refusé de se plier à l'adoration des idoles... De toutes manières, " 144.000 " et " foule immense " sont dans le même ciel, et non pas, les uns au ciel, les autres dans un paradis terrestre.
Traduire ce symbole en un chiffre matériellement limité (143.999 + 1), c'est méconnaître la symbolique biblique et tomber dans la puérilité. Réduire à ce nombre celui des membres du Corps du Christ et des élus du ciel, c'est aller contre le contexte de l'Apocalypse que nous venons de voir et contre maints autres passages du Nouveau Testament - les Béatitudes par exemple (Mt 5, 2-12) : " Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des cieux est à eux... Heureux êtes-vous si l'on vous persécute et si l'on vous calomnie à cause de moi... car votre récompense est grande dots les cieux " : cela ne s'adresserait qu'à 144,000 personnes ? ! ... En vérité, si l'on voulait forcer comme eux les paroles de l'Ecriture, ne serait-on pas en droit d'appliquer à ceux qui soutiennent de pareilles théories la parole du Seigneur : " Vous fermez aux hommes le Royaume des Cieux et vous n'y laissez pas pénétrer ceux qui le voudraient " (Ht 23, 13).
Mais où est Harmaguédon dans tout cela ?
Dans un seul verset de l'Apocalypse (16, 16) : " Ils les rassemblèrent au lieu dit, en hébreu, Harmaguédon ", dans un contexte (une vision) où il est parlé de toutes les puissances du mal qui doivent être détruites par le Christ. " Harmaguédon " signifie en hébreu " la montagne de Meggido ".
Meggido, au milieu de la plaine d'Esdrelon, était demeurée tristement célèbre chez les Hébreux depuis que Josias et ses troupes y avaient subi un désastre mémorable (2 R 23, 29 et sq.), quelque chose comme pour nous Waterloo ou la Bérésina ou Trafalgar : " Quel coup de Trafalgar ! " dit-on pour traduire : " Quel désastre ! ". Je veux bien qu'une fois en passant, comme le fait l'Apocalypse, on invoque ce nom symbolique. Mais ne croyez-vous pas qu'il y a de l'abus à matérialiser autour de ce nom, en de fulgurantes descriptions indéfiniment répétées et destinées à terrifier, la ferme espérance chrétienne qu'un jour le mal sera vaincu - le mal, et non pas la chrétienté, ni les Etats politiques, ni les pécheurs.
(2) Que penser des Sectes ? Album " Fêtes et Saisons ".
(3) Connaissez-vous les Mormons ? H. Chéry.
(4) Conspiration Against Democracy, p. 5.
(5) Le Royaume, un refuge dans la détresse, p. 11
(6) Ennemis, p. 286
(7) Réjouissez-vous ! p. 53
(8) Que Dieu soit reconnu pour vrai, p. 68
(9) Id. p. 70
(10) Id. p. 244 et tout le ch. 18. Les Témoins de Jéhovah sont " objecteurs de conscience ", comme beaucoup de chrétiens. Mais, alors que les chrétiens le sont par refus de porter les armes contre leurs frères, les Témoins de Jéhovah soulignent qu'ils ne sont pas " des pacifistes pour un motif politique, religieux ou philosophique ", mais qu'ils refusent tout service, militaire ou civil, en tant qu'opposé au service de l'Evangile (p. 246).
(11) Vittorio Lanternari : Les mouvements religieux des peuples opprimés, 1 vol. 399 p. Ed. Maspéro, Paris 1962.
(12) On en trouvera 1e dépouillement dans La Vie Spirituelle de janvier 1968
(13) Constitution La Révélation divine, n° 25
(14) Cercle Saint-Jean-Baptiste, 3 rue de l'Abbaye, Paris VIe
(15) Bible et Terre Sainte, mensuel, Bonne Presse, 5 rue Bayard, Paris VIIIe
(16) Cahiers Evangile, Ligue catholique de l'Evangile, trimestriel ; plus de 75 cahiers parus
(17) Lire Les Catholiques et la Bible, 1 brochure 28 p. 1959. Même adresse.
(18) La Bible et son Message, n° 12 à 23, réunis en un volume broché : " Vers la Terre promise ". L'essentiel des n° 1à 11 a été réimprimé dans un autre volume " La Genèse ". Les n° 2 à 36 (de Josué au schisme des dix tribus) constituent le volume " Les débuts du Royaume ".
(19) On lira avec profit à ce sujet les Cahiers Evangile, n° 36 et 37 : " Les livres de la Bible ".
(20) Lire l'étude de Boisnard : Le prologue de saint Jean, 1 vol, coll. Lectio divina. Ed. du Cerf.
(21) La religion a-t-elle servi l'humanité ? pp. 94-95
(22) Que Dieu soit reconnu pour vrai, pp. 116-117
(23) Reveillez-vous du 8 octobre 1963 : " La Bible triomphe... " p. 3
(24) Cette histoire a été écrite pour le Moyen-Age, spécialement en Allemagne : Les fanatiques de l'Apocalypse, par M. Norman Cohn, chez Julliard
(25) Iintroduction au Livre de Daniel, dans l'édition de ce fascicule de la Bible de Jérusalem, 1 vol. 98 p. Ed. du Cerf
(26) Lisez l'introduction à L'Apocalypse, l vol. 88 p. même collection
27) Que Dieu soit reconnu pour vrai, ch, 18 : " Sept temps "
(28) Id. ch. 20 : " Le règne de mille ans "
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